Et si on parlait “rêves”?

J'ai construit ma vie sur des petits rêves. Et je compte bien continuer.

Alors voilà, journal. On se retrouve encore une fois, toi et moi.

Tu me connais par cœur à ce stade. Tu sais que j'ai toujours fonctionné comme ça — un rêve, puis un autre, puis encore un autre un peu plus grand, un peu plus loin. C'est presque un défaut. Ou peut-être ma meilleure qualité, je sais plus trop.

Le premier grand rêve, tu t'en souviens ? Photographe. C'était évident, c'était moi, c'était tout ce que je voulais. Et puis dès le début de la formation, on m'a gentiment mis les pieds sur terre — ou plutôt, on a essayé. "C'est quasiment impossible d'en vivre aujourd'hui." Les profs avaient 45 ans et plus, certains avaient bossé en agence, d'autres en freelance, mais tous avaient fini salariés de l'État. Tous. Et ça, ça t'installe quelque chose dans la tête que t'arrives pas à déloger facilement. Une espèce de plafond invisible.

Alors j'ai eu peur. J'ai absorbé leurs doutes comme si c'étaient les miens. Nouvelle formation, petit job salarié bien sécure, et la photo reléguée au rang de hobby du dimanche. Je faisais ce qu'on m'avait dit de faire. Je jouais la sécurité.

Jusqu'au jour où j'ai demandé à des jeunes ce qu'ils rêvaient de faire. Et là, journal, tu sais ce qui s'est passé. Chaque réponse me renvoyait à moi. À celle que j'avais été. À celle que j'avais décidé de mettre en veille pour ne pas prendre de risques. C'était inconfortable comme miroir.

Alors j'ai repris mes rêves où je les avais laissés. En 2025, je me suis lancée pour de vrai — formation pour créer mon entreprise, nouveau stock de contenu pensé pour ce que je voulais vraiment shooter, et les premières séances qui arrivent. Et aujourd'hui, en 2026, j'ai pas envie de lever le pied. Au contraire.

Alors journal, laisse-moi te confier ce que je vise cette année.

Un elopement.

Je rêve de ça depuis longtemps et je crois que c'est le moment de le dire à voix haute. Je veux photographier deux personnes qui ont choisi de se marier loin du bruit, loin du regard des autres, juste eux deux et un paysage qui les dépasse. Quelque part où la lumière est belle et où on entend presque le silence. Un amour murmuré, une lumière dorée, et moi en fond qui essaie de ne pas pleurer derrière mon objectif. C'est ça que je veux vivre.

Mettre en lumière ma communauté.

Tu le sais, journal, mon coming out a été tardif. Et avec lui est venue une prise de conscience : j'avais grandi sans vraiment me voir représentée. Sans voir des couples qui me ressemblaient, des familles qui ressemblaient à ce que je pouvais imaginer pour moi. Alors cette année, j'ai envie de faire ma part. Shooter des personnes queers, des couples de lesbiennes, des couples de gays, des mariages homosexuels, des familles homoparentales. Pas comme une case à cocher — comme un vrai engagement. Parce que la visibilité, ça change des vies. La mienne en tout cas, elle aurait été différente si j'avais eu plus d'images de gens comme moi sous les yeux quand j'étais plus jeune.

Mixer le travail et les voyages.

Là, je crois que c'est le rêve qui me fait le plus sourire quand j'y pense. L'idée que mon appareil et ma valise partent ensemble, que je puisse vous retrouver aux falaises de Moher pour une séance couple avec l'Atlantique en toile de fond, au parc Mont-Royal à Montréal quand les couleurs d'automne explosent, dans les ruelles pavées du Vieux-Québec, en plein centre de Londres pour une séance mode urbaine, ou au bord d'une cascade quelque part dans le monde dont je ne connais pas encore le nom. Je veux que le travail ressemble à de la vie, et la vie à de l'aventure.

Voilà, journal. C'est ça mes rêves pour 2026. Je te les confie pour pas les oublier, pour pas avoir peur de les regarder en face.

Et toi qui lis ça — est-ce que t'as des rêves qui attendent quelque part que tu les reprennes ?

 

Je continuerai de suivre mes rêves pour elle

 
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